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Tu ne pleures pas, tu ne bouges pas!

Texte écrit par L'inspirante inspirée


Tu te dis que ce sera ton dernier bébé, que tu profiteras à fond de cette dernière grossesse. Cette dernière fois où tu porteras la vie, où grâce à toi il y aura un humain de plus sur terre. Ton humain. Puis, les choses ne se passent pas comme prévu. Ces moments qui devaient être si agréables te gênent. Tu n’arrives pas à en profiter et à te sentir bien. Tu étouffes, tu es fatiguée. Tu as également deux autres filles à élever. Puis, voilà que bébé se présente trop tôt...beaucoup trop tôt. En plus de se présenter trop tôt, elle se présente mal. Sa vie et la tienne sont en danger. Pas le temps de réaliser ou de se faire à l’idée. Rien n’est prêt encore à la maison, mais te voilà!

J’étais déjà maman deux fois quand papa et moi nous nous sommes dit pourquoi pas un petit dernier. Le temps de prendre la décision, j’ai appris que tu t’étais taillée une place depuis déjà 12 semaines. Les suivis allaient bien, tout était normal pour toi. Moi, au contraire, je ne me sentais jamais bien, j’étais toujours essoufflée, toujours épuisée. Mais, je me disais que j’avais plus de poids, que j’avais un bébé de 18 mois qui était toujours après moi, une grande fille de 8 ans énergique et surtout que j’étais plus âgée. J’avais l’impression de toujours chialer pendant cette grossesse. Comme j’avais hâte que tu sortes pour bien me sentir! Si seulement j’avais su...


Je regrette chaque pensée négative que j’ai eue pendant que je te portais. Ce soir-là, enceinte de 30,5 semaines, tu étais très peu active et ça m’inquiétait. Mais, je n’avais pas vraiment pris le temps de m'asseoir de la journée alors peut être que je te sentirais plus au moment de me coucher. Au moment de m’étendre après avoir endormi tes sœurs, je t’ai enfin sentie, discrètement, mais assez pour me rassurer. Je me suis endormie la tête tranquille.

À 4 heures du matin, tout a déraillé. Enceinte de 30,6 semaines, tu as décidé que c’était maintenant que tu sortais. J’ai d’énormes contractions aux deux minutes dès le départ. Je quitte en ambulance à 5:30. Vite, mais pas trop vite. Puis, vite, vite. Moi, je hurle…Il est bien trop tôt! Arrivée à l’hôpital, on me dit que tu arrives maintenant.


Je suis hystérique! Papa qui entre dans la chambre ne comprend pas. Il y a un nombre incalculable de docteurs. On nous dit qu’en temps normal, je devrais être transférée à Montréal pour accoucher, qu’ici ils ne font pas d’accouchement si tôt d’habitude, mais qu’ils feront tout en leur pouvoir pour mettre au monde mon bébé.

Tout se passe rapidement. À 6:32 tu es là, déposée sur mon ventre. Moi, je hurle.


Tu ne pleures pas, tu ne bouges pas.


Je crie que tu es morte. Ma fille est morte...


On t’enlève de sur moi. Ils tentent une réanimation. Tu respires, mais avec un besoin extrême d’aide. Pendant ce temps, moi, je dois être transférée au bloc opératoire. Mon placenta ne sort pas. C’est dangereux pour moi qu’ils disent. La gynécologue s’occupe de moi pendant que les docteurs s’occupent de toi.


Au total, douze tentatives de réanimation sont faites sur toi, mon petit trésor. Puis, une équipe de Sainte-Justine vient te chercher. Papa fait les cent pas entre moi qui me remet de l’opération et du traumatisme et toi qui es en train d’être stabilisée. On vient te présenter à moi. Tu es branchée de partout. Tu es dans une petite civière et si minuscule. Puis, tu quittes pour un hôpital à une heure de moi. Tes premières heures de vie seront sans moi. J’ai mal. Papa te suit tandis que moi je reste seule à l’hôpital sans trop réaliser tout ce qui vient de se passer.

Au petit matin, je me réveille en larmes. Je suis seule dans une chambre d’hôpital et j’attends que Papa vienne me chercher pour aller te retrouver. Nous sommes arrivés auprès de toi. Maman n’en mène pas large. L’hôpital m’offre de l’aide. Je ne suis pas remise de l’accouchement, je ne peux pas te prendre et tu as ce gros masque qui cache ton minuscule visage.

On nous annonce que dû aux manœuvres faites sur toi dans les premières minutes, tu garderas peut être des séquelles. Que tu as du sang au cerveau que l’on doit surveiller. Que tu combats une infection, mais qu’ils ne trouvent pas à quoi. Puis, les jours passent...


Je pleure chaque jour, chaque départ. Je pleure quand je suis auprès de toi parce que je ne suis pas auprès de tes sœurs. Je pleure quand je suis avec tes sœurs parce que je ne suis pas avec toi. Je pleure quand je fais l’heure de route vers l’hôpital parce que je ne suis ni avec toi, ni avec elles. Je pleure. Puis, les jours passent. Je pleure encore beaucoup, mais je gère mieux.


Et, toi! Toi, tu es si forte! Tu nous montres chaque jour combien tu as envie de vivre. Trois semaines passent aux soins intensifs. Puis, nous sommes transférés aux soins intermédiaires. Chaque changement d’hôpital et d’infirmières vient avec son lot d’adaptation. Ils ne sont pas toujours faciles. Tu fais tellement de gros progrès. Maman se sent mal de continuer de pleurer, d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, de me remémorer ces moments traumatisants. Je me sens mal de ne pas bien aller parce que toi, toi ma guerrière, tu vas bien.

Tu continues à faire des désaturations, des bradycardies et tout ce qui se rattache à une grande prématurité. Comme je l’ai entendu souvent cette phrase-là: “Normal, c’est à cause de sa grande prématurité.”

Cinquante sept jours se seront écoulés. J’ai écrit chaque jour mes états d’âmes. Tes progrès. Tout ce dont j’avais envie de me rappeler. Cinquante sept jours dans un petit journal qu’un jour je te vais te remettre.

Aujourd’hui, nous sommes à la maison. Tu viens d’avoir 4 mois d’âge réel, mais 2 mois en âge corrigé et vraiment tu fais ton 2 mois. Cette fois, je l’aurai longtemps mon bébé. Toutes les mères trouvent que ça passe trop vite. Pour toi, c’est différent, tu restes mon bébé plus longtemps. J’adore ça mais j’échangerais n’importe quoi pour que tu sois restée ce 2 mois de plus dans mon ventre. Pendant des jours, j’ai flatté mon ventre souhaitant que ce ne soit seulement qu'un cauchemar. Mais non, c’était la réalité. Notre réalité. Et, moi, ta maman, je vivrai avec ce traumatisme toute notre vie.

Quatre mois ont passé depuis ta naissance et parfois j’oublie. Puis, parfois ça me rattrape. Chaque fois que tu respires mal, chaque fois que tu pleures. Une seule pensée se bouscule dans ma tête; ta grande prématurité va-t-elle te causer des problèmes?

Seul le temps et les suivis nous le diront, mais j’ai confiance en toi.


Je t’aime mon petit miracle

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