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Prête pas prête : il arrive

Texte écrit par Strong mom


La grossesse, c’est une aventure tout simplement extraordinaire. Oublions pendant deux secondes les nausées, l’insomnie, le robinet qui coule entre les deux jambes et l’humeur qui fait des montagnes russes. Concentrons-nous sur les vraies choses. Être enceinte, c’est quand même le corps de la femme qui accueille un petit être au creux de son bedon. Une boule de vie qui prend littéralement racine. C’est la vie qui crée la vie dans toute sa pureté et sa beauté.


Si t’es comme moi (une fille qui gardait espoir, après d’innombrables tentatives et d’échecs, d’avoir son p’tit pois), t’es du genre à avoir commencé les achats de bébé avant même que lui ou elle soit conçu (ben oui!). Dès ta première échographie, la chambre de bébé est bien avancée (style qu’au final, il ne reste que la bassinette à installer!). Comme moi, t’es peut-être même du genre à ne plus te pouvoir de patienter que les cours prénataux commencent et à acheter tout plein de livres sur le sujet. T’as juste envie de crier au monde entier que t’as finalement réussi. Ton gras que tu portes depuis un bout, il a maintenant une excuse! L’idée derrière tout ça, mise à part l’immense joie que ce petit être t’apporte déjà, ce n’est pas juste d’être intense! C’est de faire disparaître tes doutes, de te sentir à la hauteur de tes propres attentes, d’être juste fin prête à accueillir ton p’tit pois, d’être la meilleure maman pour lui. Avec tout ça, tu te sens prête. Tu sais que rien ne pourrait arrêter ce bonheur ou que rien de mal ne pourrait arriver. Tout va bien se passer.


Et, pourtant, tu te lèves un matin et today is the day. Tu reçois une méchante claque dans la face. La vie décide de te mettre à l’épreuve. Prête pas prête, ton p’tit pois arrive avant le temps. Pour moi, avant le temps, c’était trop tôt comme dans 26 semaines et 2 jours de grossesse. Trop tôt pour se faire ouvrir le ventre sans préavis et vivre une césarienne d’urgence afin de lui donner une chance de survivre alors que le 3e trimestre n’était même pas encore commencé.


Pendant que les autres femmes commencent d’habitude à avoir de la misère à attacher leurs chaussures ou à se faire le bikini sous la douche, ben moi, mon bébé (fœtus) est dans une grosse boîte en plastique qu’on appelle un incubateur : un hôtel 5 étoiles de remplacement, en attendant de voir la suite des choses. Mon petit être pèse 930 g. Il mesure 35 cm. Chaque seconde relève de sa force à combattre. Pour lui, la vie ne tient pas qu’à un fil, mais à plusieurs. Le fameux shooting photo de grosse bedaine prend carrément le bord cette journée-là. J’étais pas prête à ça. De tous les scénarios possibles que tu t’étais fait dans ta tête de femme intense, quand ton p’tit pois arrive trop tôt, t’es pas prête à ça.


T'étais pas prête à angoisser à chaque seconde en te demandant si ce souffle sera le dernier. Pas prête aux allers-retours entre l’hôpital et la maison qui, elle, s’encrasse rien qu’à la regarder. Tu veux essayer de trouver, entre tes yeux qui sont obligés de refaire sans cesse leur réserve de larmes et ton corps qui se meurt de fatigue, le sentiment d’être une maman.


T’étais pas prête à vivre des centaines de jours et de nuits sans lui, à apporter avec toi, dans ta tête, durant tes courtes périodes de sommeil et tes longues heures d’éveil, toutes les alarmes de l’hôpital qui sonnent quand ça va mal. À voir ton petit avec des piqûres de la tête jusqu’aux pieds, à devoir analyser les chances de réussite parce que la suite dépend d’une chirurgie (au cœur dans notre cas).


T’étais pas prête à dépendre de tout plein de gens pour qu’il prenne du mieux, à manquer son premier pleure, à ne pas pouvoir changer sa première couche, à ne juste pas pouvoir le sentir pour te raccrocher à une odeur quand tu es loin.


T’étais pas prête à être là à rien faire d’autre que d’être là. À attendre une éternité (plus d’un mois dans notre cas), avant d’enfin pouvoir le prendre dans tes bras, à avoir besoin de demander à quelqu’un si tu peux le prendre contre toi. À prendre des douches dans un temps record parce que t’as peur de ne pas entendre le téléphone des médecins qui t’avertiraient qu’il faut que tu t’en viennes et que ça presse. À vivre sous un mode robotique avec tout plein de termes médicaux et à devenir infirmière sans diplôme.


T'étais pas prête à vivre à coup « d’un jour à la fois ». Non. Vraiment pas. Que ton p’tit pois naisse tôt ou trop tôt. T’étais juste pas prête à ça. En dedans de toi, ça fait mal. Et, le pire, c’est que cette douleur-là, elle ne s’explique pas.


Mais, dans tout ça, toi, la maman d’un prématuré, tu vas comprendre quelque chose. Peut-être pas tout suite. Peut-être pas demain. Mais, tu vas finir par comprendre. Tu vas comprendre que le p’tit pois que tu cajoles dans tes bras, c’est l’être le plus fort du monde. Il va continuellement t’apprendre c’est quoi la force et le courage parce qu’après tout, il a défié la vie.


Il va changer en mieux ta façon de voir le monde qui t’entoure. Chaque petit pas deviendra le plus merveilleux. Il va t’apprendre qu’au final, t’étais peut-être pas prête à ça, non, mais que c’est pas grave. En bout de ligne, tu dois lui pardonner et te pardonner pour tout et rien parce que la faute n’est à mettre sur personne. C’était juste un mauvais concours de circonstance. T’as des deuils à faire, pis c’est normal. Faut prendre le temps qu’il faut pour panser les blessures.


Ton livre de grossesse s’est arrêté net et sec. Le livre de bébé, t’étais pu certaine de comment le remplir. T’as pas eu le shower que tu voulais. Ta révélation du sexe du bébé dans un gâteau coloré est partie en fumée. T’as pas eu un accouchement de rêve pis t’as pas pu mettre ta longue robe d’été qui t’aurais pas juste faite avoir l’air grosse pour une fois.


Mais, tout ça, ce n’est rien comparativement à ce que ton p’tit pois va t’apporter dans la vie. Il va t’impressionner avec ses progrès pis ses prouesses. Tu vas ressentir de la fierté comme jamais et comprendre c’est quoi le vrai sens du mot amour. Il manque peut-être des morceaux à ton casse-tête, mais ça fait partie de votre histoire : de son histoire. Un moment donné, tu te rendras peut-être même compte que toutes ces personnes à l’hôpital avaient raison : il faut prendre un jour à la fois. Parce que demain, sera encore plus beau qu’hier!

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