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Maman s'en va en guerre

Texte écrit par KarLy


Mon garçon de 5 ans doit recevoir un vaccin avant la rentrée scolaire. Bien que ce dernier ne soit pas obligatoire, je trouvais important de lui administrer afin qu’il soit immunisé contre de futures maladies.


Lorsque fiston reçoit un vaccin, ça me fait toujours un petit pincement au cœur. Je pense que toute bonne maman n’aime pas que son enfant ait mal, que ce soit parce qu’il se blesse en tombant, qu’il a une peine d’amour, qu'il se soit fait dévorer par les bibittes ou qu’il ait simplement un petit rhume.


Je demande à l’infirmière comment elle s’y prendra le jour du vaccin, parce que j'anticipe la crise lorsque mon garçon verra l’aiguille s’approcher de son bras. À 5 ans, ce n’est plus un bébé, il va se débattre et, sait-on jamais, il pourrait même sortir des insultes de petit garçon! Je me prépare déjà mentalement à ce qu’il me dise : « Je t’aime plus maman! ». C’est tellement compréhensible. Qui aime se faire rentrer une aiguille dans le bras? Et, c’est la faute de maman parce que c’est elle qui l’empêche de bouger.


À son âge, il est conscient que ça va faire mal et qu’on le fait contre son gré, ce qui est d’autant plus frustrant pour lui.


La gentille infirmière me rassure en me disant : « J’ai trouvé un truc pour qu’il n’ait pas peur et il ne sentira rien. Je lui explique tout simplement que je mets des petits soldats dans son bras. Il va se sentir courageux.»


Je l’arrête « net, fret, sec ». Une chance que j’ai pris le temps d’en discuter avec elle avant qu’elle en parle à mon garçon.


Mais, pourquoi? C’est une bonne méthode me direz-vous ce que cette chère dame propose afin de rassurer fiston!


C’est certainement un petit détail à vos yeux, mais attendez que je vous raconte notre histoire.


….


Il y a 6 mois, mon mari et moi, nous nous sommes rejoints dans la chambre de notre petite dernière de 2 mois. Mon fils de 5 ans, qui a senti que quelque chose n’allait pas, est venu nous voir. Je pleurais dans les bras de papa. Papa aussi avait les yeux plein d’eau. Mon mari a fermé la porte au nez de notre garçon. Mon pauvre petit bonhomme avait sans doute plein de questions dans sa tête, mais à ce moment précis, nous avions besoin de temps pour faire passer la pilule.


On venait de m’annoncer une mauvaise nouvelle qui allait changer ma vie et celle de ma famille.


Peu de temps après nous avoir surpris ainsi, je n’avais pas le choix d’expliquer à mon fils pourquoi nous étions tristes. Je savais bien qu’on ne pouvait pas lui cacher éternellement et qu’il y aurait d’autres moments difficiles à venir.


J’ai tout déballé à mon fils. J’ai utilisé des termes appropriés pour son âge. On s’est installés dans un endroit réconfortant pour lui : la salle de jeu.


Voici ce que je lui ai dit:


« Mon amour, quand tu as vu maman pleurer, c’est que j’étais triste d’apprendre que je suis malade. Ça me fait peur parce que je ne suis jamais tombée malade comme ça. Et, parfois, quand c’est « inconnu », ça fait peur.


Je vais avoir des examens à passer. Ça se peut que maman soit fatiguée ou triste parfois. Je vais peut-être même vomir. Mais, ÇA VA BIEN ALLER parce que maman va tout faire pour guérir. Je vais avoir ce qu’on appelle de la chimiothérapie. Je vais perdre tous mes cheveux à cause des médicaments. Bientôt, je vais avoir besoin de ton aide pour me raser les cheveux avant qu’ils tombent. L’infirmière va me faire souvent une piqûre. Elle va mettre des PETITS SOLDATS dans mon corps pour guérir.


Tu te souviens quand j’avais ta petite sœur dans mon bedon (enceinte de 7 mois), je te lisais ton histoire au dodo et je te faisais sentir une petite bosse que j’ai découvert dans mon sein. Je te disais que ça m’inquiétait! Les petits soldats vont détruire cette bosse, qu’on appelle « cancer ». C’est là où se trouve ma maladie. »



Plusieurs parents auraient passé cette maladie incognito, du moins essayé.


Une chose est sûre, ça a été tellement moins lourd pour moi que mon plus vieux le sache. J’ai tout expliqué à ma fille de trois ans aussi, mais étant trop jeune et moins consciente, elle aimait mieux jouer à la poupée.


Mon fils m’a donné de la force, il m’a soutenu. Certes, il continuait à agir en enfant, comme me répondre, claquer la porte, le mini ado qu’il était devenu... Mais, il savait que maman était malade. Il prenait de mes nouvelles chaque fois que j’avais un rendez-vous.


Les enfants m’ont donné leur toutou pour me tenir compagnie, une de ces journées où j’avais 5 heures de chimio, seule à cause du COVID-19. Il fallait bien qu’ils sachent aussi pourquoi ils se feraient garder si souvent. Les changements dans leur quotidien et dans leur routine leurs prenaient beaucoup de temps à s’en remettre. C’est déstabilisant pour de jeunes enfants de voir que leur maman est malade, mais surtout de ne pas comprendre véritablement ce qui se passe. Ils ne faut pas les blâmer, ils réagissaient à leur façon en étant têtus durant plusieurs jours consécutifs par la suite. Un autre obstacle dont nous devions faire face.



Pour se sentir moins impuissant et pour m’aider, mon mari exigeait que j’aie un « bras droit » en renfort.


J’ai dû accepter que ma mère soit à la maison régulièrement parce que j’avais de la chimiothérapie en plein confinement. C’est dur sur l’orgueil d’une maman d’avoir de l’aide pour s’occuper de sa maison et de ses propres enfants. Il ne faut pas oublier que ma mère venait en plein confinement dans un moment où j’étais immunosupprimée et que la marmaille pleurait de tout bord tout côté.


Je tenais mon fiston informé et il se sentait important. Et c’est, selon moi, primordial de ne pas lui cacher LA réalité. La maladie fait partie de notre vie.


Je lui ai dit : « Tu sais mon cœur, si tu as des questions sur ma maladie, ne te gêne pas pour demander à papa, mamy, ton professeure ou à moi. »


Son professeure avait été informée au cas où elle verrait un changement de comportement chez lui.


« N’écoute pas ce que les autres disent parce qu’il y a plusieurs sortes de cancers. D’autres sont plus dangereux que le mien. »


Son enseignante lui demandait régulièrement comment j’allais. Il lui disait souvent : « Maman a eu ses petits soldats hier. » Fier d’utiliser le mot soldat et fier de sa maman!



Après une brève rétrospection de mes derniers mois, j’ai fait un résumé de notre situation, au téléphone, à Madame l’infirmière. Le jour où mon garçon allait recevoir son vaccin, si elle lui disait qu’elle allait lui mettre des petits soldats, que pensera t-il!? Qu’il est malade comme sa maman? Qu’il va perdre ses cheveux, ses cils et ses sourcils? Qu’il devra désinfecter sa toilette chaque fois, comme maman l’a fait? Je voulais éviter que mon garçon soit bouleversé.


Le jour du vaccin, je ferai un hochement de tête à l’infirmière pour qu’elle se rappelle de nous. Elle va se souvenir que j’ai utilisé cette méthode efficace de petits soldats pour annoncer mon cancer du sein à mon garçon. Elle devra improviser.


La maman de ce garçon se porte bien. Elle est, je suis, une « Power girl ». Il y a tant de peurs, de préjugés, d’incompréhensions autour du cancer que j’aimerais, dans des prochains textes, vous prouver à quel point ce n’est pas un drame, pas la fin quand ça nous tombe dessus. Le cancer a pris une place importante dans notre famille évidemment. Mais même si ce cancer n’est pas officiellement écarté encore, notre famille en sort déjà plus forte.


 
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